Les assoiffées Après deux recueils de nouvelles salués par la critique (1), Bernard Quiriny ne mégote pour son premier roman. Les assoiffées nous embarque dans le sillage d’une poignée d’intellectuels français en route vers la Belgique (2). Pays qui, en 1970, a vécu une révolution féministe. Les femmes y sont les maîtresses d’un monde où les hommes sont asservis, laissés dans des mouroirs. Un régime totalitaire, coupé du reste de la planète. À la manière de la Corée du nord. Ou de la chine de Mao. Mais là, point de Grand Timonier. Le pays est entre les mains d’une Grande Bergère qui aveuglent nos intellectuels en voyage organisé. Et pourtant la dictature est vacillante.

« Pourquoi avalent-ils sans broncher les salades que leur sert le pouvoir, s’amuse Bernard Quiriny, c’est toute la question du livre, et je n’ai toujours pas la réponse ». Et si on titille l’auteur sur ses choix, il questionne : « Quoi de plus ubuesque? La dictature féministe délirante que j’imagine, ou l’évacuation nocturne d’une capitale pour transformer les citadins en paysans, comme au Cambodge en 75? Difficile de les départager… »

On s’amuse à lire Les assoiffées et l’auteur en convient : « C’est une sorte de satire grotesque de l’histoire du vingtième siècle, de l’autocensure, de ce qu’on n’appelait pas encore le “politiquement correct” et du dévoiement de l’intelligence. ». Mais dans la foulée il souligne : « La liberté nous paraît naturelle, puisque nous vivons dans un pays libre; on a presque du mal à se rappeler qu’il y a quelques décennies, ça ne concernait pas que la Corée du Nord mais la moitié du monde – et qu’il se trouvait chez nous des gens libres pour nous expliquer librement que c’était formidable. »

Pour l’histoire, il fallait un pays proche de la France. « J’aurais pu planter le décor en Espagne, à Monaco ou en Suisse. Mais, allez savoir pourquoi, la Belgique me semblait meilleure… ». Nivernais d’adoption, Bernard Quiriny ne manque pas de cet humour belge qui coule dans ses veines. Et si vous lui demandez si les 40 ans du MLF l’ont inspiré, il répond sans hésiter : « Non, mais je lui souhaite un bon anniversaire ».

Un livre à lire sans hésiter. Et pour le plaisir de se dire qu’on l’aura déjà fait, au moment où il décrochera un prix.

De toute façon, on en reparle…

Par Philippe Dépalle

(1) L’angoisse de la première phrase (Phébus, 2005); Contes carnivores (Seuil, 2008).

(2) Les assoiffées (Seuil, 2010) 21 €.

Sources:http://www.lepost.fr/article/2010/09/14/2220350_rentree-litteraire-bernard-quiriny-au-regime-totalitaire.html